Que dire d'autre?

Présentée à la biennale nationale de danse du Val de Marne dans le concours amateur, je crois en 1990, dans la petite salle de Bonneuil sur Marne, le solo est arrivé premier ex-aequo, ce qui nous valait une représentation publique au théatre de Vitry. 

La vidéo n'était pas prévue. Heureusement, le père de Stéphanie avait pris sa caméra et a filmé le concours. Je dois dire pour Stéphanie qu'elle n'avait pu répéter le solo dans son intégralité que deux ou trois fois avant les sélections.

On le distingue  mal à l'image, mais ce qui est dans le seau est du sable, que j'ai patiemment peint en rouge écarlate à l'aérosol. (Essayez de peindre du sable et vous comprendrez que j'y ai passé deux jours). L'effet était très spectaculaire car on ne voyait pratiquement rien tomber, et soudain on découvrait une immense flaque rouge vif, presque fluo. Là encore la vidéo est réductrice.

Pour le décor, c'est une sorte de sculpture d'après un croquis inspiré d'un radiateur de sauna, comme un grand lit sur lequel il est impossi- La danse contemporaine J'ai découvert la danse contemporaine par hasard, lorsque je pris un abonnement pour une série de spectacles au Théatre de la Ville à Paris. Ca devait être vers 1985.

Le premier ballet que j'ai vu était dans ma faible mémoire fait de trois pièces de Trisha Brown. Je me souviens d'une démonstration éclatante de fluidité, et aussi d'une pièce entièrement au sol. J'ai tout de suite été sous le charme. Il y eut ensuite Jean-Claude Galotta, Carolyn Carlson, Mats Eck et les ballets Cullberg, le choc de Merce Cunningam, qui dansait encore, avec les décors de Robert Rauschenberg et la musique de John Cage, Pina Bausch, Angelin Preljocaj, et tant d'autres. J'ai tellement aimé qu'un jour j'ai voulu voir s'il y avait des clefs pour aller plus loin dans la compréhension de ce langage, j'ai voulu m'alphabétiser en quelque sorte. C'est ainsi que vers 25 ans j'ai poussé la porte d'une école de danse contemporaine, à l'age ou beaucoup de danseurs pensent à arrêter. 

J'ai rencontré une prof exceptionnelle, Fany Gannat, qui a cru en moi (il faut dire que je mettais le paquet dans les improvisations) et je l'ai suivie, des cours de la mairie de Paris aux Halles, à sa salle de danse du Pecq en banlieue ouest. J'habitais en banlieue est, il me fallait environ 1h30 aller, et un peu plus au retour. De cours en stages d'été, j'ai aussi pris le goût de chorégraphier, nous étions pour cela très encouragés, et c'est durant mon deuxième stage d'été en Bretagne, à Morlaix, que j'ai eu l'idée de cette chorégraphie. J'aime beaucoup Stéphanie Hacquin, la danseuse, qui a une présence qui m'émeut. Elle me fait un peu penser à Piaf, en plus doux et plus terrestre, et aussi au baigneuses de Picasso. En dehors du texte de Jean Guidoni, la musique est un création spéciale d'un musicien de jazz, un guitariste, Jacques Friedman, rencontré sur ce camp qui permettait à un groupe de danseurs et un groupe de musiciens de vivre et travailler ensemble pendant un mois. » retourner Le soir de la représentation de Vitry, une chorégraphe professionnelle d'origine brésilienne qui faisait partie du jury, Marcia Barcellos qui avait sa compagnie « Castafiore », m'a proposé de faire sa première partie dans la cour du Palais Royal à Paris, devant le Ministre et le Ministère de la Culture à l'occasion de la fête de la musique. Le directeur du théatre de Vitry, organisateur du concours, a préféré manoeuvrer pour faire passer à notre place un trio de jeunes garçons qu'il appréciait,  arrivés ex-aequo avec nous. Un peu dégoûté d'être ainsi spolié, et prenant la mesure de la difficulté et des moyens nécessaires pour créer un spectacle, avec très peu de possibilités de présenter le fruit d'un long travail,désirant surtout n'être dépendant de personne pour créer et que mon travail puisse être vu sans que cela dépende du bon vouloir d'un seul, j'ai décidé d'arrêter la danse et de me consacrer désormais uniquement à la peinture. Mais la danse m'avait apporté beaucoup, j'avais bien trouvé une sorte d'alphabet gestuel...le mien, je m'en servirai en peinture.

Dernière précision, ce solo s'appelle « la marque rouge », une marque comme un endroit de vulnérabilité, comme dans un conte qui m'avait marqué où un enfant était protégé par un bain dans le sang d'un dragon, mais une feuille était tombée sans qu'il s'en apperçoive dans son cou. J'ai inversé les couleurs, la marque de la vulnérabilité est rouge comme le sang de la vie.

Je comprendrais le message, que je m'adressais alors,  plus tard... des années plus tard. ble de s'allonger, en bois de récupération, mais aussi, ce que la vidéo du fait de l'angle de prise de vue ne montre pas,  avec des sortes de grandes lamelles inclinées comme sur des volets, recouvertes de couverture grise et en haut de la tête du lit une barre de cuivre en hommage à l'artiste allemand Joseph Beuys. Entièrement contruite avec une simple scie égoïne, vis et tournevis, dans mon studio de 20m2 de l'époque, les deux dernières nuits précédant le concours (il occupait toute la pièce une fois monté, j'ai dû mettre mon vrai lit vertical pour  terminer le montage). Démonté le matin, transporté par le père de Stéphanie en camionnette, remonté dans les coulisses, amené sur la scène sur des skateboards (il était extrèmement lourd), le décor s'est désagrégé devant le jury, et ils m'ont donné 5 minutes pour réparer ou abandonner. J'ai sorti mon tournevis, je ne pouvais pas abandonner, pour Stéphanie, pour moi, pour ce que j'avais à exprimer.

Enfin, des conditions pas évidentes pour danser en confiance et rester concentrée. Respect, Stéphanie, et merci.

Je regrette que la représentation de Vitry n'aie pas été enregistrée car presque tous les petits défauts que je vois avaient disparu.