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En 2002 tout va mal. 

J'ai été très malade et après un an d'arrêt de travail je suis fauché; l'homme que j'aime vient de me plaquer après onze ans de vie commune et quelques mois après que nous nous soyons pacsés à sa demande; je dois recommencer à travailler mais tout a changé au boulot, nouvelles applications informatiques, nouvelle chef hystérique, bête et méchante, nouvelles fonctions alors que je suis encore sous traitements lourds, l'adaptation est violente; je dois quitter notre maison et le jardin que j'ai mis des années à créer, et me retrouve dans un minuscule deux pièces en rez-de-chaussée à Pigalle avec mon chat, sans un sou; beaucoup de nos amis ne donnent plus de nouvelles.

Heureusement il me reste ma famille, indéfectible, présente, et la peinture. Je me jette dans la peinture. Tous mes temps libres lui sont consacrés. Je lui demande de me sauver. Ma première expo : la main tendue du destin C'est l'époque des fusains. Je cherche dans le trait une assurance que je n'ai plus dans aucun domaine, je demande en prière l'aide de Picasso, Matisse, Michel-Ange, je délire mais m'accroche. Le sol de mon salon est couvert de dessins, je marche dessus pour aller à la cuisine. En naîtront « portraits en un », « enfant au jeu de cartes », « la pâleur de mes bras »,  « la petite française », « le roi peintre », des dessins au bic dont « tatoo-in » et « tatoo-out ». Cà débouche aussi sur « bouquet de la trinité », « nombril disco », « étude des symbols », « white room », « la baigneuse de Bagdad », « la préparation de l'oeuf » et « parcours de la lumière ».

Et un jour, la vie me tends la main. Un couple d'amis, Nathalie et Bruno Perdu m'appellent en mai 2003: ils déménagent dans le 3ème arrondissement, leur nouvel appartement va être vide en juillet le temps qu'ils refassent les peintures. Ils me proposent d'y faire ma première expo. (Jusque là mes peintures avaient été accrochées chez mon coiffeur - et oui, j'ai eu des cheveux un jour - et dans un resto du quartier du Marais à Paris.)
L'appartement est au métro « arts-et-métiers », j'y vois un signe. J'accepte. Je leur donne un coup de main pour repeindre l'appart; depuis deux mois je suis à nouveau amoureux - il s'appelle Heiko, il est allemand. Il m'encourage et m'aide financièrement pour l'achat des toiles, pour les encadrements, le vernissage - il y aura du champagne à volonté – il fait les brochures grâce à ses compétences en informatique. Pour les invitations c'est mon ami Fredéric Moreau (aujourd'hui agence 414) qui les réalise gratuitement. Je fais tout mon carnet d'adresses et ceux de mes amis, mon amie Chantal est une aide précieuse dans ce domaine, en plus d'un soutien moral.

A tout hasard j'envoie une invitation par mail à un architecte de Londres, Denis, qui m'a acheté cinq petits tableaux, dont des dessins au bic, l'année précédente alors qu'il passait chez ma copine Chantal.

Quelques heures plus tard je reçois sa réponse: il viendra, son ami Mathew Collins qui fait des émissions sur l'art sur Channel Four et est un critique réputé en Angleterre aime les tableaux qu'il m'a achetés en 2002. Je suis scotché.

Le reste, les photos le racontent mieux que mes mots.
Une jolie fête, beaucoup de visiteurs, Denis m'achète 13 tableaux, j'en vends encore quelques autres et prends des contacts qui déboucheront sur des ventes un peu plus tard. Je pourrai rembourser Heiko et mon découvert.

Venue sur invitation de Nathalie et Bruno Perdu, la mère de l'ancienne propriétaire de l'appartement où j'expose se révèle être une ancienne critique d'art correspondante allemande du journal « Die Welt » à Paris. Elle aime beaucoup mon travail et l'écrit dans le livre d'or.

A minuit, dans l'appartement vide, nous prenons un dernier verre avec mes hôtes et Heiko, crevés,  mais nous sommes sur un petit nuage.

C'est sûr, la vie est belle.
C'est sûr, on remettra ça.

Avis aux amateurs :
Après cette expo j‘ai fait mon premier site internet, une petite reprise virtuelle de l‘expo. Cliquez ici pour retourner dans l‘année 2003.alt/suite.htmshapeimage_7_link_0